A PROPOS DE LA PUBLICATION DES DOCUMENTS HISTORIQUES DE LA COMMISSION DE TRAVAIL CREEE ENTRE LE PATRIARCAT DE MOSCOU ET L’EGLISE ORTHODOXE RUSSE HORS FRONTIERES
Notre cœur se remplit de joie et d’allégresse à la lecture des documents publiés à la suite des travaux menés par la commission qui réunit des représentants du Patriarcat de Moscou et de l’Eglise Orthodoxe Russe Hors Frontières. C’est en effet le premier pas, fait par les orthodoxes russes, ou issus de Russie, pour liquider les conséquences des cruels, mais vains, efforts déployés par le pouvoir bolchevique pour détruire l’Eglise par les persécutions et les divisions.
Enfin nous avons la bonheur de voir les fruits des tensions vers l’union et non pas vers la séparation. Il est si facile de descendre la pente savonneuse des critiques, des méfiances et des divisions, poussé par le prince de ce monde (diable : du grec diabolos, « qui désunit ») ! Il est d’autant plus méritoire de progresser sur la voie de l’amour, de la paix et de la réunion et non rendons pour cela hommage aux artisans de ces efforts.
Ces documents viennent d’être publiés et il est encore trop tôt pour en percevoir toute la quintessence. Mais nous pouvons déjà tenter quelques commentaires. Ce qui frappe d’abord c’est le parti pris de travail dans la vérité. Ce n’est pas une recherche de compromis qui a animé les participants de la commission, mais la volonté de clarifier honnêtement tout ce qui a pu diviser les esprits et les cœurs.
La démarche qui a été adoptée a permis aux deux parties de se rendre compte que leurs vues ne différaient pas en réalité, même si des présentations distinctes pouvaient exister. Il est même possible que ce processus ait amené à un approfondissement permettant de mieux révéler à chacun sa propre position, ce sont les vertus du travail dans la vérité et la grâce du rapprochement.
Ceci est particulièrement frappant dans l’examen des questions relatives à l’œcuménisme, domaine où le Patriarcat de Moscou faisait l’objet de beaucoup de soupçons de la part de certains membres de l’EORHF. Au passage, les travaux de la commission ont permis de réaffirmer, une fois de plus, la conception orthodoxe de l’œcuménisme.
Les débats de la commission ont été visiblement féconds dans l’examen de l’épineux problème de la déclaration contestée du Patriarche Serge. Le patriarcat de Moscou a pu préciser les limites et les défauts de cette déclaration qui avait cristallisé la rupture.
Cet effort soutenu de retour à l’essentiel a aussi le mérite d’éloigner l’EORHF de toute tentation, due à son isolement, de se rapprocher de sectes diverses. Cette tentation, avouons le, a menacé cette Eglise dans le passé.
Ce qui frappe encore, c’est la volonté d’éviter toute incursion dans le domaine politique et subjectif. Il s’agit par exemple de définir dans l’absolu quels doivent être les rapports entre l’Eglise et l’état et non pas d’apprécier si tel ou tel prélat, si telle ou telle Eglise, applique ces principes d’une façon qui nous plaît ou ne nous plaît pas. La tentation qui consiste à considérer qu’il n’est pas possible de reconnaître une Eglise parce que certains de ses actes nous plaisent ou nous déplaisent a été évitée. Nous savons bien que nous sommes tous de piètres chrétiens, « Il n’y a pas d’homme qui vive et ne pèche pas » et il n’est pas possible de récuser une Eglise sous prétexte que ses membres sont des pécheurs.
Par ailleurs il est à noter que le Patriarcat de Moscou considère comme normal que l’EORHF garde un statut garantissant largement son autonomie tout en rétablissant son lien canonique avec elle. Ce statut d’auto administration préserve sa liberté dans les domaines « pastoraux, éducatifs, administratifs, économiques, patrimoniaux et civils ». Tout cela doit être confirmé et garanti par des modifications des statuts aussi bien de l’EORFH que du Patriarcat.
Bien entendu il ne s’agit que d’une première étape. Il faut encore que les deux Eglises approuvent le travail de la commission et adoptent officiellement ses conclusions.
Il reste par ailleurs des problèmes non encore résolus. En particulier, la question territoriale, fondement de l’organisation ecclésiale, n’a pas encore été abordée. Comment va-t-on concilier, par exemple aux USA, la présence sur le même territoire d’une Eglise à laquelle le patriarcat de Moscou a conféré l’autocéphalie, de quelques paroisses qui dépendent directement de lui et de diocèses d’une église auto administrée qui lui est rattachée? C’est une question épineuse issue des errements passés. Mais il faudra bien la résoudre un jour !
Pourquoi ne pas souhaiter que, dans le futur, la partie américaine de l’EORHF ne vienne fusionner avec l’OCA (Orthodox Church of America, Eglise autocéphale instaurée en Amérique en 1970 par le patriarcat de Moscou) pour en devenir la partie de tradition russe, qui pourrait accueillir et desservir les nouveaux immigrants et les personnes préférant conserver la manière russe de célébrer le culte divin ? Cela pourrait préfigurer ce que serait une Eglise américaine véritablement une, avec ses communautés issues de toutes les différentes traditions ethnoculturelles. De même, pourquoi ne pas souhaiter que la partie Européenne de l’EORHF ne vienne un jour constituer, avec les autres entités d’origine russe, une Métropole autonome (auto administrée) en attendant la naissance d’une véritable Eglise locale, regroupant tous les orthodoxes de ces pays.
Enfin il faut aussi avouer que notre joie est quelque peu assombrie par la position d’un certain nombre de membres de l’EORHF qui refusent de voir dans ces documents un véritable dépassement des disputes antérieures et plaident pour le maintien de l’EORHF dans sa forme actuelle, dans son isolement canonique, et ceci au nom de la vérité. Mais cette attitude, qui consiste, pour un petit groupe, à se considérer comme l’unique détenteur de la vérité, n’est –elle pas trop semblable à celle des sectes ?
Que la lumière du Seigneur luise dans nos cœurs.
Séraphin Rehbinder