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Un courrier est parvenu à la Rédaction du Site de l’OLTR de M. François Delagarde. Avec l’autorisation de son auteur qui, précisons-le, n’est pas lui-même membre de l’OLTR, nous nous permettons de publier ce document, qui nous paraît apporter un point de vue à la fois serein et argumenté au débat qui nous occupe.
Chers amis et frères en Christ,
Grâce à Internet je peux lire la nouvelle gazette éditée par l’OLTR. Je découvre ainsi mon appartenance au Patriarcat de Constantinople, avec ses explications historiques, et mon retour possible au Patriarcat de Moscou. Jusqu’à présent je n’ai jamais eu à me questionner sur l’unité orthodoxe en France. Je pensais simplement que chacun conservait sa tradition pour des raisons pratiques et de langue. Je pensais que l’église russe formait un tout en communion avec les églises orthodoxes d’origines diverses et que peut-être un jour ces églises seraient unies en une seule juridiction. Je découvre, donc, qu’il existe des divergences concernant l’avenir de l’orthodoxie en France, et de façon plus surprenante pour moi, au sein même de l’église de tradition russe.
Pour être mieux compris il me semble utile de me présenter : Je m’appelle François DELAGARDE je suis né le 04/12/44 à Fontainebleau. J’ai été baptisé dans une église catholique romaine et élevé dans la foi chrétienne, j’ai assez tôt pris mes distances notamment vis à vis des commandements de l’église qui ne correspondaient pas à ma sensibilité spirituelle et qu’il fallait reconnaître au même titre que les commandements de Dieu. Mon seul lien avec l’église russe est ma marraine Tatiana Yablokoff chrétienne orthodoxe qui m’a porté dans ses bras lors de mon baptême. Mais je l’ai, hélas, très peu connue. Bien qu’en rupture avec l’église catholique romaine je n’ai jamais cessé de conserver la foi en Dieu. J’ai cherché d’autres voies spirituelles, jusqu’au jour où, par la grâce de l’Esprit Saint, j’ai rencontré le Père Georges Drobot.
En découvrant l’ermitage russe de Saint-Hilaire, en Champagne, j’ai trouvé dans cette église l’authenticité spirituelle qui me manquait et que je cherchais. J’ai longuement parlé avec le Père Georges et un peu plus tard à l’occasion d’une chrismation, il m’a confirmé dans ma foi, en me disant que c’était un retour aux sources. Je suis désormais chrétien orthodoxe. Depuis ce jour, la paroisse de l’ermitage russe, est ma paroisse. La liturgie est célébrée en slavon. Je suis donc, comme certains le disent, un « converti ». Je préfère toutefois la formule du Père Georges de « retour aux sources » mais j’accepte le terme de « converti » en ce sens que le long chemin dans l’amour infini de Dieu est une perpétuelle conversion. Ma langue maternelle est le français, et hormis quelques mots je ne parle pas le russe.
Du fait de la diaspora russe et de l’histoire un débat prend forme. « Qui est mon évêque ? » comme le demande Séraphin Rehbinder président de l’OLTR. Cette question jusqu’à présent ne m’était pas venue. Alors aujourd’hui je me la pose, tant sur un plan pratique que sur un plan spirituel.
Très humblement je souhaite vous faire part de ma modeste compréhension des choses.
Je rends grâce au Seigneur de cette diaspora qui m’a permis de rencontrer une tradition dont l’authenticité spirituelle m’a touché au plus profond. Ce n’est pas un goût d’exotisme, ni un préjugé ou un déboire quelconque, qui m’a amené dans cette église (et à l’Eglise), mais tout simplement la reconnaissance de son authenticité dans l’Esprit Saint. Par le baptême nous sommes appelés à cette authenticité et nous la reconnaissons dans l’Eglise. Pour cette raison j’exprime mon profond respect envers cette tradition qui m’a été offerte. Et je l’accepte en l’état, tel quelle, car, dans mon intimité, je la sais authentique. C’est pourquoi je pense que toute tradition qui porte cette authenticité doit être entièrement respectée. Elle n’appartient pas à « des russes » mais elle s’est développée chez des russes comme elle peut se développer en tout lieu dans le monde, elle est offerte par Dieu à tous ceux qui se tournent vers Lui.
Comme mon nom l’indique je suis français, français de souche, français de culture et français de langue. Mes racines sont profondément françaises mais avant tout je suis chrétien. L’authenticité chrétienne que j’ai découverte parmi mes frères d’origine russe est la même que celle qui sourd en moi. Dans cette authenticité je retrouve celle qui est enfouie en terre de France où de nombreux martyrs sont ensevelis. Les idéologies, la volonté de puissance et la politique, ont, en France comme en Russie, poussé les hommes à se substituer à Dieu et à vouloir détruire ceux qui conservaient la foi. La révolution soviétique un siècle et demi après la révolution française en est l’illustration. Mais il persiste une autre volonté destructrice, notamment dans le monde occidental, moins spectaculaire, mais aussi diabolique qui consiste à vouloir moderniser, vivre avec son temps, créer une nouvelle morale et finalement réduire Dieu à un simple symbole. Il n’y a pas, en France, de régime totalitaire, il n’y a pas d’interdits, mais une érosion lente de la vie spirituelle, l’ennemi est invisible et agit sur les esprits. Alors qu’en Orient et particulièrement en Russie, l’ennemi était visible, les interdictions totalitaires et les brimades, ont créé le besoin de renouer avec le passé et de vivre en Christ. Alors qu’en Occident on cherche à rompre avec le passé, et les idées « passéistes ». C’est pourquoi l’Orient avec ses traditions est une chance pour l’Occident de renouer avec une spiritualité authentique. Les racines chrétiennes sont partout dans le monde. Partout où l’authenticité chrétienne se manifeste, partout nous est offert de reconnaître notre propre authenticité.
Puisqu’il n’y a pas (ou il n’y a plus) actuellement de tradition française orthodoxe, faut-il en inventer une ? N’est-il pas préférable de retrouver notre authenticité grâce à ceux qui ont su la conserver ? Grâce à cette diaspora russe, la Divine Liturgie, miroir du royaume de Dieu sur terre, nous est offerte comme une grande grâce. Sa canonicité et son authenticité sont restées vivantes et intactes chez nos frères venus de Russie. Ils ont conservé un respect profond du sacré, indissociable de la vie spirituelle.
Sans le schisme, l’Evêque de Rome serait notre patriarche territorial, et la question ne se poserait pas. Mais si nous espérons que la « catholicité » orthodoxe renoue avec ses racines originelles en Europe occidentale il faut accepter le secours de l’Esprit Saint, se faire nous-même le ferment qui permettra le retour aux sources. Pour le moment, depuis le schisme, il n’y a pas de patriarche orthodoxe en France et nous pouvons rendre grâce à notre Seigneur de bénéficier de la bienveillance et de la sollicitude du Patriarche de Moscou qui ne nous abandonne pas et nous propose une Métropole auto-administrée qui puisse rester attachée à l’authenticité spirituelle de l’Eglise. Cela est vrai aussi pour les autres patriarcats porteurs de la même authenticité spirituelle, grec, byzantin, roumain, serbe…. et qui permettent à l’orthodoxie de s’exprimer en France en lien avec l’Eglise orthodoxe universelle. Mais aucun n’a proposé la création d’une métropole auto-administrée.
Il viendra peut-être un moment où l’église locale, enrichie de chrétiens locaux, verra naître en elle les saints qui lui confèreront l’authenticité qui la conduira aussi à l’autocéphalie de fait comme ce fût le cas pour la Russie.
Ce qui importe aujourd’hui c’est de rester unis dans la voie spirituelle. Les patriarches en sont les gardiens les dépositaires et les garants.
C’est pourquoi je pose ces interrogations. Pouvons- nous « réinventer » une église locale, sans prendre le risque de laisser libre cours à toutes sortes d’inventions humaines pour « faire avancer les choses » comme on dit dans certaines associations ( dont les vocations bien qu’utiles parfois, ne sont pas d’ordre spirituel) ? La bénédiction de Sa Sainteté le Patriarche Alexis n’est-elle pas indispensable pour garantir la canonicité d’une église locale, (en accord avec la Sainte Eglise), corps du Christ dont nous sommes les membres ?
Je ne crois pas que les adeptes d’une église locale soient prisonniers de leurs désirs personnels, je crois qu’ils ont pressenti cet avenir comme devenant nécessaire. Mais n’est-il pas souhaitable de s’y préparer en acceptant une métropole auto-administrée ? Ne faut-il pas que cela se fasse avec la bénédiction d’un patriarche ? Et pourquoi pas le Patriarche de Moscou ? Un autre patriarche peut-il être habilité à le faire ? Si c’était le cas, est-ce que les opposants seraient les mêmes ? Ce qui importe c’est le soutien canonique de l’Eglise. La bénédiction patriarcale est indispensable et sa canonicité indiscutable. Et si j’accorde ma confiance au Patriarche de Moscou ce n’est pas parce qu’il est russe, mais parce qu’il est chrétien et membre de la même Eglise que celle que je reconnais et dont la vocation est universelle. C’est pourquoi une métropole auto-administrée, fille du patriarcat de Moscou et sous sa protection canonique me semble être un choix juste en regard de ma foi. Par ailleurs, pour ceux qui craigne une main mise d’un pouvoir politique occulte, il peuvent se rassurer en sachant que cette métropole ne serait pas obligatoirement et systématiquement russe puisqu’elle réunirait en son sein des chrétiens d’origine diverse. A mon niveau, ce que j’attends de notre Métropolite c’est qu’il soit dans la totale continuité de l’authenticité spirituelle des Saints Pères et de tous les Saints. Les Saints n’ont pas besoin d’un passeport pour se reconnaître en Dieu.
C’est donc à la bienveillance de sa Sainteté le Patriarche Alexis II que je m’en remettrai non pas parce qu’il est russe mais parce qu’il est le prélat d’une tradition authentiquement chrétienne et orthodoxe aux racines profondes.
Bien fraternellement
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