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Interrogations d’un laïc orthodoxe sur une décision de l’AEOF

Dans sa séance du 15 septembre 2005 l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) a décidé de fixer les dates à communiquer aux autorités françaises auxquelles les agents orthodoxes de l’Etat pourraient obtenir des autorisations d’absence en 2006 (donc les dates des principales fêtes). Il s’agit des 21 avril (Vendredi Saint), 1er juin (Ascension) et du 6 janvier qualifié de « fête de l’Epiphanie/Théophanie de notre Seigneur ». C’est bien entendu cette dernière date qui fait problème dans la mesure où le 6 janvier n’est la fête de la Théophanie (Baptême de notre Seigneur) que pour une partie des orthodoxes de France, pour les autres, c’est la veille de la fête de la Nativité.

Il ne s’agit pas ici de prolonger la controverse, douloureuse dans l’orthodoxie, sur le calendrier. Chacun peut avoir en la matière ses propres convictions, et cette question est d’autant plus complexe qu’aucune des deux pratiques, actuellement suivies en France, ne peut être qualifiée de satisfaisante.

Ce qui est cause, c’est la façon dont l’AEOF semble vouloir traiter ce problème. Parmi les diocèses représentés à l’AEOF, deux (ceux du patriarcat de Moscou et de Belgrade) suivent l’ancien calendrier, et l’Archevêché des paroisses russes d’Europe occidentale (Patriarcat de Constantinople) admet en son sein et l’un et l’autre.

Comment donc faut-il interpréter ce choix de l’AEOF ?

Est-ce simplement la gêne d’avouer la situation de désunion des orthodoxes locaux sur ce point ? Mais on ne peut rien construire sur des faux semblants.

Ou est-ce plus profondément la volonté d’imposer subrepticement une des deux pratiques à l’ensemble en l’officialisant auprès des autorités civiles françaises. Ainsi il y aurait une pratique « officielle » convenant bien à une orthodoxie « civilisée » et puis une pratique tolérée, un peu arriérée, de toute façon non reconnue par les « autorités » L’AEOF, censée être l’émanation de tous les orthodoxes de France, ne serait alors que la représentante de certaines des communautés présentes en France, et pas d’autres. Elle n’aurait alors plus de raison d’exister.

Mais il y a encore d’autres questions qui se posent sur le fonctionnement de l’AEOF. Il est en effet difficile d’imaginer que les évêques des communautés qui s’en tiennent à l’ancien calendrier aient pu ainsi négliger les intérêts de leurs ouailles. Il faut donc supposer que cette décision a été prise sans qu’ils aient manifesté leur accord explicite en toute connaissance de cause. Peut-être étaient-ils absents ce jour là, ou des problèmes de traduction n’ont pu être résolus ?

Quoi qu’il en soit, il semble qu’il y ait eu au mieux dysfonctionnement, au pire exploitation d’une situation propice pour contourner les oppositions prévisibles de certains membres de l’AEOF. Dans les deux cas cette décision est regrettable.

Au total cette prise de position pose tellement de questions désagréables que l’on a plutôt envie de considérer qu’il s’agit d’un simple faux pas qui n’aura pas de suite les années à venir.

Séraphin Rehbinder

Président de l’OLTR

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