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Réponse de Séraphin Rehbinder, president de l'OLTR à la lettre ouverte qui lui a été adressée par Mme Elisabeth Behr-Sigel.

 

Chère Elisabeth,

J'ai été très heureux de recevoir votre lettre car elle témoigne, une nouvelle fois, de votre zèle pour l'Orthodoxie, que je trouve admirable, et de votre bonne volonté à échanger des idées et des arguments avec l'OLTR, que je salue. Les membres de cette organisation ont toujours clamé leur volonté de dialogue et de débat.

Mais je voudrais aussi répondre point par point à vos remarques en restant à votre disposition pour approfondir les questions qui pourraient ne pas être claires afin que notre discussion ne soit pas comme une partie de ping-pong mais comme un échange fructueux.

La forme d'expression des critiques et des opinions, peut être plus ou moins, et inutilement, passionnée. Ceci traduit l'implication et le caractère de chacun. Mais au-delà de cette forme, je voudrais que nous nous attachions au fonds des choses. On peut alors classer les critiques émanant des personnes que vous mentionnez, et les problèmes posés, en trois catégories :

  • critiques envers les autorités de l'Archevêché,
  • expression du malaise des membres de l'Archevêché se considérant comme les plus attachées à la tradition russe,
  • soutien à l'appel du primat de l'église russe ou rejet de cet appel.

Je crois que les critiques envers les autorités de l’archevêché découlent tout d'abord de la volonté très nette de ces dernières d’éviter tout débat et toute discussion institutionnelle au sein de l’Archevêché sur une question - son avenir- qui préoccupe au plus haut point et fort légitimement beaucoup de ses membres. Il suffit de considérer les discussions qui se développent sur l’Internet, certes passionnées, mais fort intéressantes et touchant aux vrais problèmes, pour s'en convaincre.

Monseigneur l'Archevêque, a assisté à notre première table ronde, qui s'était déroulée très dignement, au grand intérêt et à la satisfaction générale. Bien qu'à sa demande, n'avaient été invités à s'exprimer comme orateurs, que des membres de l'Archevêché, il a déclaré, quelques jours plus tard, dans son interview à la Pensée Russe, je cite "Cette manifestation a été organisée en dehors du cadre de l'Archiépiscopie". Ceci était manifestement faux : il avait donné sa bénédiction après qu'il eut été tenu compte de ses souhaits quant à l'organisation de cette manifestation, et il avait confirmé cela en déclarant pendant son déroulem! ent "je ne regrette pas d'avoir donné ma bénédiction". Mais par son interview, il a signifié très clairement que tous ceux qui adhèrent aux idées de l'OLTR doivent être considérés comme étant hors de l'Archevêché quelle que soit leur histoire et leur identité.

Ceux qui avaient encore des doutes ont attendu, pleins d'espoirs, l'assemblée générale de l'Archevêché, qui eut lieu peu de temps après. Malgré le fait que l'ordre du jour de l'assemblée générale ne comportait rien de précis à ce sujet, il leur paraissait impensable que le problème qui agitait tous les esprits ne donne lieu à aucun examen ni échange. C'est pourtant de cette manière que l'assemblée a été conçue et menée. La question principale n'a été abordée, qu'entre autre, dans le rapport moral de Monseigneur l'Archevêque qui a annoncé sa décision de remplacer par une consultation personnelle, et donc subjective, le débat qu'il avait promis avant son élection. Et il en a tiré, seul, les conclusions.

Et ce n'est pas le souci de voir les deux tendances principales qui existent depuis quelque temps déjà au sein de l'Archevêché, équitablement représentées au conseil, comme cela eut été normal, mais le souci inverse qui a prévalu, et assez habilement réalisé. Et l'on peut rappeler les mesures individuelles qui ont touché certains clercs, et qui ont profondément choqué les membres de l'OLTR, car elles montraient une défiance a priori contre des personnes classées comme favorables à une réponse positive à l'appel du Primat de l'Église russe. Un véritable "délit d'opinion" a été ainsi créé dans notre Archevêché.

Or les choses auraient dû se passer autrement. Car l'Église n'est pas une monarchie pas plus qu'elle n'est une démocratie. Et ce genre de problème doit être débattu en Église, comme nous l'enseigne le protopresbytre Nicolas Afanassieff, en se référant au concile de Jérusalem. Non pas pour parvenir à un compromis, mais pour trouver une solution pleinement orthodoxe, acceptée par tous les orthodoxes. Et si l'assemblée ecclésiale ne parvient pas à résoudre un tel problème, elle peut rechercher l'aide d'une église voisine, d'un centre ecclésial plus expérimenté.

De plus, l'on aurait pu espérer de la part des autorités de l'Archevêché une attitude ecclésiale, une volonté réelle de rassembler, de réconcilier, comme l'apôtre Paul dans sa lettre aux Corinthiens : "j'ai partagé la faiblesse, des faibles pour gagner les faibles" 1 Co., 19,22. Au contraire, Monseigneur l'Archevêque et son entourage ont voulu diviser, écarter, créer une fracture entre ceux qui ont exprimé leur rejet de l'appel du Patriarche -les "bons", "les vrais orthodoxes"- et ceux qui le soutenaient -les "mauvais", les "diviseurs", mais qui étaient pourtant, il y a peu, des membres de l'Archevêché, comme les autres. Cette fracture est en train de s'agrandir dangereusement. L'OLTR a voulu, dans son origine, être un soutien à l'Archevêché dans son débat face à son avenir, mais elle a été! bannie. On peut dès lors comprendre que des critiques amères soient apparues.

J'en viens maintenant au malaise de ceux qui se sentent proches de la tradition russe. L'Archevêché des Églises Russes en Europe occidentale, c'est sont titre exact, s'est toujours considéré comme un diocèse russe tout en se réjouissant d'avoir, par le témoignage de ses membres les plus éminents, et vous les citez abondamment, su faire découvrir l'orthodoxie à des occidentaux de souche, selon la plus authentique tradition missionnaire de l'Église. Ces témoignages ont permis la création de paroisses de langues locales et de tradition russe. Du reste un phénomène parallèle a été constaté dans les autres "'juridictions", celle de Église de Roumanie, du Patriarcat de Moscou etc… Depuis peu, les autorités de l'Archevêché occultent le caractère russe de celui-ci: "Nous sommes un Archevê! ;ché multinational et multiethnique" a dit Monseigneur l'Archevêque dans son rapport à l'assemblée générale, pour signifier justement que l'archevêché n'avait plus rien de commun avec l'Église russe. Or la Métropole roumaine est, par exemple, tout aussi multinationale et multiethnique, sans cesser d'appartenir à l'Église roumaine.

Il faut reconnaître, en revanche, que les dirigeants de l'Archevêché clament haut et fort leur attachement à la tradition russe, et il faut s'empêcher de mettre en doute la sincérité de telles affirmations. Cependant, il paraît difficile de conserver cette tradition dans un diocèse, qui en est complètement isolé, et qui, pour le moins, n'entretient pas de relations amicales avec l'Église russe. Nous avons ressenti cette inimitié en lisant l'interview de Monseigneur l'Archevêque dans la Pensée Russe, en écoutant son rapport moral à l'assemblée générale, et récemment encore, la relation qu'il a faite de l'entrevue qu'il a révélée avoir eue avec le Métropolite Cyrille de Smolensk.

Alors, il est possible que ce que certains défendent comme la tradition russe, ne soit en réalité que pratiques propres à l'Archevêché, dans les premières décades de son existence, ou autre chose encore, cela peut faire l'objet de discussions. Mais les défenseurs de cette vision de la tradition russe ne reconnaissent pas à un groupe de clercs ou de laïcs, dont beaucoup n'ont aucune autorité ou compétence particulière pour le faire, d'en juger mieux. que les autres, et des critiques acerbes en découlent. A la vérité nous n'avons plus, en la matière, beaucoup de personnes faisant autorité. Pour résoudre ce dilemme la conciliarité avec l'Église russe est la seule voie de salut.
Abordons maintenant le problème de l'appel du Patriarche. Et là, je crois que je dois faire amende honorable, malgré tous mes écrits à ce sujet, je n'ai pas réussi à faire comprendre le progrès vers l'Eglise locale que constituerait la création de cette Métropole. Il est vrai que pour le comprendre, il faut considérer en même temps plusieurs facteurs.

1 - Notre situation actuelle, contrairement à l'opinion générale, est tout à fait anormale. On peut comprendre, que, historiquement, chaque Église mère ait instauré une structure ecclésiale pour assurer la pastorale de ses émigrés, en raison de l'absence d'une Église orthodoxe constituée en Europe occidentale. Mais l'existence de deux évêques, un pour les Grecs, un pour les Russes (et Constantinople tient à cette qualification), dans la même ville et dans la même Église, celle de Constantinople, est une aberration du point de vue orthodoxe. Si on pouvait l'admettre, en raison de circonstances très particulières, l'existence du pouvoir soviétique, cela devient incompréhensible, dès que ces circonstances ont disparues. C'est l'image même de ce qu'il ne faut pas faire, c'est du phylétism! e pur. Et il serait, bien sûr, tout à fait faux de croire que la primauté de l'Église de Constantinople l'autorise à créer des diocèses ethniques où que ce soit.

2 - Il est maintenant devenu clair que l'Église locale en Europe occidentale ne saurait être une Église qui réunirait des occidentaux du cru. L'Église locale a vocation à rassembler tous les orthodoxes qui résident provisoirement ou de façon permanente en Europe de l'ouest, qu'ils soient émigrés récents de quelque provenance que ce soit, qu'ils soient d'origine russe ou grecque ou autre et souhaitant le rester, ou ne le souhaitant pas, qu'ils soient d'origine locale et devenus orthodoxes par leurs parents ou par eux mêmes.

Et elle ne pourra se réaliser que si tous ces orthodoxes y trouvent des paroisses où ils pourront se sentir à l'aise. On a parfois l'impression qu'à se focaliser sur le témoignage parmi les occidentaux on en vient à oublier tous les autres orthodoxes présents ou arrivant dans nos pays.

3 - Je ne sais pas ce que vous entendez en parlant de " grande Métropole panrusse ", mais si vous voulez signifier par-là que vous pensez à une structure " nationaliste ", fleurant bon le 19ième siècle, permettez-moi de vous dire que cela ne correspond ni à la proposition du Patriarche de Moscou ni à notre conception de cette Métropole. Cette expression aurait même pu, si je ne vous connaissais pas, me paraître malveillante.

Je me permettrais de citer un passage de l'appel du Primat de l’Eglise russe tellement j’ai parfois l’impression que nous ne faisons pas référence au même texte. Parlant des russes de la première émigration il écrit : "Gardant précieusement l’héritage qu’ils ont reçu, beaucoup d’entre eux, porteurs de la tradition russe en Europe Occidentale, désirent garder les formes d’organisation de la vie ecclésiale qui se sont élaborées durant des dizaines d’années. Celles-ci sont différentes de celles de l’Eglise en Russie, bien que fondées sur la même tradition canonique, exprimée dans les règles des saints conciles œcuméniques et provinciaux, des saints Pères et dans les actes et règles énoncés par le Concile de Moscou de 1917-1918. De plus, les paroisses créées par l’ém! igration russe ainsi que les paroisses locales de tradition russe qui en sont issues, ont acquis un caractère multinational et utilisent largement les langues locales dans les offices liturgiques, ce qui depuis les saints égaux aux apôtres Cyrille et Méthode est un trait caractéristique de la sollicitude pastorale et missionnaire. "

Je ne vois pas personnellement en quoi ce texte témoigne, comme vous l’écrivez, de " la méconnaissance de la réalité tant sociologique que spirituelle de notre Eglise locale " Et je rajoute que parler de " notre Eglise locale " est prématuré. Se réjouir de notre unité dans la communion eucharistique, et accepter de vivre dans la désunion est, pour moi, au mieux une coupable inconséquence, au pire une attitude frontalement opposée à l'ecclésiologie orthodoxe et la tradition des pères de l'Église. (je reconnais que ce que je viens d’écrire nécessiterait de longs développements que je ne peux aborder dans le cadre de cette lettre)

4 - Depuis une douzaine d’années, le monde s’efforce de liquider progressivement les séquelles de 70 ans de pouvoir soviétique et des dégâts effroyables qu’il a engendrés. Parmi ces séquelles qui nous concernent, il faut citer la division en trois juridictions qui a marqué le début de l'émigration russe. Ce fut un péché collectif qui est encore gravement ressenti par beaucoup de membres de l'Archevêché. Pourquoi devrions nous renoncer à effacer ce péché alors que cela ne nous ferait renoncer à rien de ce à quoi nous tenons ?

En réalité, ce que propose le primat de l'Église russe, c'est non pas de créer une "Métropole panrusse" comme vous l'écrivez, mais de liquider les séquelles de l'époque soviétique en regroupant en une grande Métropole, largement autonome, ce qui existe actuellement des trois branches, issues de l'Église russe, qui se sont séparées dans les années trente. Il ne nous est pas demandé de renoncer à quoi que ce soit. Il nous est même demandé de continuer dans nos œuvres et de construire l'Église locale. Si toutes les autres Églises mères agissaient de la même façon, un grand pas serait accompli. Certes vous semblez avoir des inquiétudes quant à la réalité de l'autonomie dont il est question. L'examen des projets de statuts qui avaient été pré! parés pour cette Métropole, et qui vont bientôt être publiés, devrait vous rassurer sur ce point.

Avant de terminer, je voudrais verser encore une idée au débat. Vous évoquez, pour condamner le Patriarcat de Moscou, les faits récents qui se sont produits dans le diocèse de Souroge. A ma connaissance, le Métropolite Antoine avait demandé lui-même que lui soit détaché un clerc qu'il avait apprécié, mais dont le comportement, par la suite, déplut. Toujours à ma connaissance, le Patriarcat accepta de rappeler le clerc contesté. Je ne vois donc personnellement pas de raisons à la condamnation sans appel du Patriarcat dans cette affaire, dont je ne parle que parce que vous la citez à, mots couverts. Mais plus fondamentalement, il me semble que la proposition du Patriarche apportait précisément une réponse très satisfaisante aux aspirations du diocèse de Souroge à plus d'autonomie. Et l'on peut compren! dre qu'il ait hésité à le faire pour un diocèse aussi petit, mais ait jugé possible de le faire dans le cadre de la métropole élargie.

Mais je me demande si en réalité l'opposition à la création de cette Métropole ne vient pas du fait que, peut-être, pour certaines personnes de notre Archevêché, l'époque du pouvoir soviétique n'est pas vraiment révolue. Il survit dans le Patriarcat de Moscou dont tous les actes sont vus comme des atteintes à notre liberté, à notre unité, à la poursuite de notre action. Tous ses actes sont soit suspects soit condamnables, il n'a pas changé d'un iota depuis les bolcheviques qui survivent en lui. Voilà ce qui serait pour certains, selon cette hypothèse, le principal obstacle à une réponse positive à son appel. Si effectivement il en est ainsi, que cela soit clairement dit, et il faut aussi en débattre.

Voilà donc un certain nombre de questions et problèmes qu'il aurait fallu examiner longuement ensemble pour résoudre conciliairement les dilemmes qui se posent à nous. Pour sa part l'OLTR n'a jamais refusé d'en débattre.

Encore merci de votre lettre

En toute amitié,

        Séraphin Rehbinder
        Président de l'OLTR

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