У этого сайта нет Русской версии.

 Если какой-либо документ, размещенный здесь, необходим Вам в русском переводе - обращайтесь к нам.

 

Réponse de Séraphin Rehbinder, president de l'OLTR à la lettre ouverte qui lui a été adressée par M. Vsevolode Goussev.

 

    Cher Vsevolod,

Les circonstances de la vie m'ont empêché de répondre jusqu'à maintenant et je te prie de m'en excuser.
Si je comprends bien tu me proposes, toi aussi, un débat public. Pour répondre, je voudrais d'abord regrouper tes arguments, qui sont épars dans ta lettre, et te dire comment je les comprends, pour éviter les malentendus:
1. Il n'y a pas besoin de construire l'Église locale, elle existe déjà, elle en est au "stade" de l'Assemblée des évêques, et n'attend que de recevoir un statut canonique ad hoc.
2. Le patriarche de Moscou n'a rien à faire ici, ce n'est pas son territoire, et notre Archevêché n'est plus ethniquement russe, il est multinational.
3. L'Église russe n'est que le paravent de l'État russe, accepter la proposition du primat de l'Église russe c'est accepter d'être la tête de pont des intérêts de la Fédération de Russie en Europe et les personnes qui viennent de la-bas sont en grande majorité mi-nationalistes mi-superstitieuses et doivent être ecclésialisées.
4. Ce qui est appelé la Tradition russe est surtout un ensemble d'habitudes (souvent mauvaises). Il convient de rechercher la vraie tradition, le souffle du Saint Esprit.

1. Dire que l'Église locale existe déjà, c'est jouer sur les mots. S'il en était vraiment ainsi nous n'aurions aucun problème, nous ne serions rattachés ni au Patriarcat de Constantinople, ni à celui de Moscou, nous serions l'Église locale (pour ne pas dire nous ferions partie de l'Église locale). Ce que j'entends par "l'Église" c'est le peuple chrétien, rassemblé autour de son évêque, pour célébrer l'Eucharistie. Ce que j'entends par "l'Église locale" c'est plusieurs rassemblement de ce type, chacun sur un territoire donné et distinct des autres (le diocèse), et dont les évêques (appartenant à une province ou autre unité politico administrative)  se rassemblent périodiquement en synode (j'emploie le mot synode dans le sens d'assemblée d'évêques) et élisent un primat. Ainsi peut s'organiser la conciliarité selon le 34ème canon apostolique. Alors on parle d'Église locale.

Or que se passe-t-il en France par exemple? Nous avons plusieurs diocèses (juridictions) sur le même territoire, qui sont en fait des diocèses appartenant aux églises mères (Église de Constantinople, Église d'Antioche,  de Russie, de Roumanie, de Serbie…) Les évêques de ces diocèses tirent leur canonicité de leur appartenance  à ces Églises mères et ils appartiennent au synode des évêques de ces Églises mères. Ce n'est pas ce que l'on appelle une Église locale, même si les membres des différentes Églises sont en communion entre eux. "Se résigner à ce genre de situation serait finalement se résigner à être non point une Église Orthodoxe mais une somme de juridictions; ce serait en fin de compte, renoncer à être Orthodoxe" écrivait le père Cyrille Argentis en 1991 ("Présence et unités orthodoxes en France" in Contacts n° 153). C'est simplement ce que j'ai voulu, moi aussi, suggérer en mettant les guillemets au mot orthodoxes, qualifiant des évêques peut-être canoniques, mais exerçant sur le même territoire.
Ainsi l'Archevêché des paroisses russes d’Europe occidentale est actuellement un diocèse (un exarchat pour être précis) de l'Église de Constantinople. Son archevêque est élu par le Saint Synode de l'Église de Constantinople, après pré-élection par l’assemblée de l’Archevêché. (Cette pré-élection n’engage pas, d'ailleurs, formellement le Saint Synode.) Mais celui-ci peut-il nommer un évêque à la tête d'un diocèse russe? Évidemment non.

Si cela était le cas, cela voudrait dire que nous sommes comme les catholiques romains, chez lesquels  il appartient au primat de l'Église de Rome (le Pape) de nommer les évêques dans le monde entier. Mais la situation de l'Archevêché est très spéciale et due aux circonstances historiques (avènement du pouvoir bolchevique en Russie). Diocèse de l'Église russe, il s'est trouvé privé de la possibilité de communiquer avec l'Eglise russe à un moment où, manifestement, les évêques russes ne disaient pas ce qu'ils auraient voulu dire, mais ce que leur imposait de dire le pouvoir soviétique. Le Patriarche de Moscou, qui était alors le saint hiérarque Thikhon, avait prévu cette situation et indiqué que dans ce cas les diocèses de l'Église russe à l'étranger devraient s'organiser tous seuls.

2. Le Patriarche de Moscou n’a ni plus, ni moins de raisons d’intervenir en Europe occidentale que tous les autres primats d’Eglises mères. Historiquement, beaucoup d’entre elles ont cependant créé des diocèses de mission en Europe de l’Ouest pour des besoins pastoraux. Pour des raisons conjoncturelles (pouvoir bolchevique), le diocèse créé par l’Eglise russe, s’est trouvé coupé de son Église mère. Il s’est provisoirement placé sous l’omophore du Patriarche de Constantinople. Décider de ne pas revenir à la situation initiale maintenant que les circonstances exceptionnelles ont disparues, c’est le début de l’arbitraire. Cela veut dire qu'en fonction des circonstances tel ou tel diocèse peut décider de lui-même quel rattachement lui convient le mieux. Et le fait que nous ne soyons plus ethniquement russes n’y change rien. L’Église russe a été canoniquement rattachée à l’Eglise de Constantinople pendant plusieurs siècles, sans que les chrétiens de Russie soient ethniquement grecs.
Le Patriarche de Moscou n'a pas lancé son appel  parce qu'il considère qu'il a juridiction sur tous les Russes établis dans le monde entier, ou sur leurs descendants, comme l'affirment certains dans l'Archevêché. Une telle interprétation permet de condamner facilement une prétendue fausse ecclésiologie du Patriarcat de Moscou, mais elle ne correspond pas à la réalité. Toute l'action de Patriarcat montre qu'au contraire il a une conscience aiguë de la nécessité d’encourager la création d’Églises locales. Pourquoi sinon aurai-il, conféré l'autocéphalie à l'Église d'Amérique et l'autonomie à l'Église du Japon? S'il a lancé son appel c'est parce que le primat de l'Église russe a non seulement le droit mais aussi le devoir de se soucier d'un diocèse que l'Église russe a créé et qu'elle a dû abandonner à son sort, avec le résultat que l'on connaît (scission en trois branches séparées) pendant la période communiste.

3. Considérer que l’Église russe est le paravent de l’État russe est une opinion personnelle que tous ne partagent pas. L’Église russe, à plusieurs reprises,  a affirmé par la voie de ses plus hautes instances qu’elle ne souhaitait pas renoncer à la séparation entre l’Église et l’État. Mais il est vrai que le problème des relations entre l’Église et l’État est crucial dans le monde orthodoxe. Nous ne le connaissons pas ici car nous ne représentons rien face à l’Etat. Mais en Grèce, par exemple l’Église n’est pas séparée de l’Etat. Qui plus est, l’Etat grec soutient toutes les Églises helléniques, (Constantinople, Alexandrie, Jérusalem) c'est-à-dire celles dont les évêques sont grecs depuis l’Empire ottoman et l'autorité temporelle qu'il avait accordé au Patriarche de Constantinople. En France, par exemple, les clercs de l’Église de Constantinople pourraient même être considérés comme des fonctionnaires de l’État grec, dans la mesure où ils en reçoivent un traitement. Nous n’en tirons cependant aucune conclusion définitive et surtout pas que ce clergé n'est que le paravent de l'État grec.
Quant au manque de culture ecclésiale de certains immigrants venant de Russie, je le trouve bien naturel, après 70 ans de pouvoir antireligieux. Mais sommes-nous sûrs d’échapper au défaut bien français de se croire toujours supérieurs aux autres. A  te lire j’ai l’impression que l’Église russe devrait vite venir apprendre chez nous l’orthodoxie véritable. En réalité tu n’as pas entièrement tort, nous avons vraiment besoin les uns des autres, notre expérience ne sera peut-être pas dédaignée  par l’Église russe et nous avons besoin de son témoignage.
Mais nous ne sommes ni déraisonnables ni naïfs. Nous savons bien que nous sommes maintenant différents des Russes actuels. C’est justement pour cela que nous saluons la judicieuse proposition du primat de l’Église russe, qui tout en rétablissant notre lien canonique avec l’Église russe, nous assure une autonomie attestée.

4. J’en viens maintenant aux problèmes de la tradition. Et je pense qu'il a plusieurs facettes.
Il concerne tout d'abord la manière de se conduire, d'être en Église, et notamment la manière de glorifier le Seigneur ou de comprendre l'Évangile et les écritures. Tout cela s'est forgé au cours des siècles et peut se traduire en des formes (et seulement des formes) différentes dans telle ou telle Église locale. Je ne nie pas que des déviations peuvent être introduites à certaines époques de même que de nouvelles pratiques, tout à fait conformes à l'orthodoxie, peuvent apparaître. Les premières finissent par être rejetées par l'Église, non sans disputes parfois violentes, les secondes par être acceptées. Mais tout cela se passe dans la conciliarité. Dès les tous premiers temps de l'Église le besoin de cette conciliarité s'est fait sentir (concile de Jérusalem) et son organisation a été explicitée par le 34ème canon apostolique déjà cité. Le problème de l'Archevêché est que son lien avec l'Église de Constantinople reste formel, il n'y a pas de véritable vie commune avec les diocèses de cette Église. Et le lien avec l'Église russe est récusé. Dans ces conditions il peut y avoir dérive involontaire par consensus entre les membres de l'Archevêché  non soumis au contrôle de l'Église, à son acceptation. Voilà tout l'enjeu de la conservation de la tradition russe.
Une autre facette du problème de la tradition concerne la construction de l'Église locale. Pour certains, l'expression même "orthodoxie locale de tradition russe" semble contradictoire. Pour ceux-là, l'orthodoxie locale en France, par exemple, ne peut être que française. D'où le souci de franciser, de pourchasser tout ce qui se rapporte à des traditions "ethniques" comprises comme se rapportant aux Églises traditionnelles (comme si le caractère français n'était pas ethnique) pour pouvoir créer une véritable Église locale. Mais ce serait, dans ce cas, une Église nationale.
La véritable Église locale doit regrouper non pas les français orthodoxes de France mais tous les orthodoxes vivants sur le sol français. Et libre à chacun de se conformer à la tradition qui lui est la plus proche. Il n'y a aucun mal à vouloir assister à des offices en grec ou en slavon et de rester attaché à la tradition de ses pères.
Certains prétendent que l'OLTR veut trier les gens par nationalité, promouvoir le nationalisme russe, imposer la tradition russe à l'Église locale en Europe ou encore qu'elle considère la tradition russe supérieure aux autres.  Ceux-là ont mal compris les intentions de l'OLTR. De telles affirmations permettent de condamner l'OLTR, voire la diaboliser, mais elles sont fausses.
L'OLTR appelle à la création d'une véritable Église locale en Europe de l'Ouest, avec ses diocèses territoriaux et son primat. Elle appelle aussi à reconnaître le caractère multiethnique du peuple orthodoxe dans nos contrées, ne pas en prendre prétexte pour retarder la création de l'Église locale mais de construire cette dernière en tenant compte de cette particularité. Et c'est parce que l'appel du primat de l'Église russe lui paraît aller dans ce sens que l’OLTR le soutient.
Il faut bien se rendre compte, du reste, que ce problème du multiethnisme deviendra de plus en plus courant. C'est un sous produit de la mondialisation et de ses migrations et mélanges de population. La tradition orthodoxe a déjà montré comment ce problème pouvait être résolu. Il n'y a qu'a considérer le cas de monastères russes du Mont Athos qui gardent la tradition russe mais dépendent du Patriarche de Constantinople pour s'en convaincre.
Actuellement l'Église russe, qui manifeste son souci pastoral pour les émigrés issus de Russie, résout ce problème en collaboration avec les Églises locales des lieux ou ces orthodoxes émigrent. Il y a des paroisses russes en Afrique, qui dépendent du patriarche d'Alexandrie, et à Chypre, qui dépendent du primat de l'Église de Chypre. Il faut encourager ce type de solution parfaitement conformes au droit canon.

Pour terminer, je voudrais appeler les personnes que touche le débat actuel à se garder de vaines polémiques qui commencent par la déformation systématique des positions des uns et des autres. Il serait beaucoup plus fructueux de discuter des véritables positions de chacun que de pourchasser des hérésies ou des déviations que  personne ne défend.

Sentiments fraternels

        Séraphin Rehbinder
        Président de l'OLTR

BuiltWithNOF

Tous les textes publiés sur ce site le sont avec l’autorisation de leurs auteurs.
La reproduction des textes placés sur ce site est soumise à l’autorisation de leurs auteurs.
La reproduction des communiqués ou du bulletin de l’OLTR est soumise à l’autorisation du président de l’OLTR.

[Accueil] [Bienvenue!] [Qui sommes-nous ?] [Documents] [Les Tables Rondes] [Publications] [Chroniques] [Contacts et liens] [ANNONCES]