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Questions et réflexions sur la situation de notre archevêché Alexis Tchertkoff
Mars 2004 - Paris
Cela fait presque un an qu’un grand débat plus ou moins officiel à été lancé quant à l’existence et à l’avenir de l’archevêché des églises de traditions russe en Europe occidentale. (Une commission restreinte avec ce but avait déjà été créée dès 1994 avec la bénédiction de feu Mgr Serge de bienheureuse mémoire). Ces discussions ont eu pour déclencheur une lettre fax adressé par sa sainteté le Patriarche Alexis II de Moscou le 2 avril 2003 à toute la diaspora russe d’Europe occidentale de toutes juridictions confondues. Cette lettre suscitant beaucoup de polémiques, (d’espoirs pour certains, d’indignations pour d’autres) je me propose de donner mes propres interprétations et réflexions sur ce qui se passe actuellement au sein de notre exarchat.
1 – La lettre de sa sainteté le Patriarche Alexis II de Moscou et de toutes les Russies
1.1 – Sur la forme
Le fax à été reçu par l’administration diocésaine ainsi que par certaines paroisses. Il a été très vite diffusé via Internet ou de la main à la main et commenté. Le contenu de ce fax, signé par la main du patriarche (01/04/2003) et approuvé quelques semaines plus tard par le Saint Synode russe (07/05/2003) à été comme le dit, Monseigneur Gabriel en partie rédigé à Paris (" La pensée russe " 26/02/2004). Par qui, sans doute nous ne le saurons malheureusement jamais…
Il est intéressant de noter que beaucoup de personnes se sont offusquées, peut être à juste titre, que la lettre ait été reçue le 2 avril. D'un autre coté, nous aurions peut-être pu percevoir cette lettre comme un appel opportun au collège des votants et plus généralement les fidèles, de s'interroger et réfléchir sur la " substantifique moelle " de notre archevêché, concerné par cette lettre au même titre que l'évêché d'Europe occidentale de l'église russe hors frontières et les éparchies du patriarcat de Moscou sur les mêmes territoires.
1.2 – Sur le fond
Le patriarche commence sa lettre par une synthèse du contexte actuel dans lequel se développe la vie de l’Eglise en Russie. Personne ne pourra contredire le fait que l’Eglise soit aujourd’hui totalement libre de faire passer le message des évangiles et les fidèles de confesser leur fois. Mais il souligne à juste titre qu’après 80 ans d’athéisme et de luttes féroces contre l’Eglise, " les défauts observables dans l’aspect humain de l’organisation de la sainte Eglise sont encore nombreux ". Il ne fait pas abstraction des difficultés rencontrées par les pasteurs dans leurs missions et est très clairvoyant en disant que " le réveil ne peut-être instantané et sans difficultés ". Sans doute fait-il allusion à certains membres de son clergé plus ou moins haut placés, et critiqués aussi bien en occident qu’au sein même de son pays.
Le texte se poursuit ensuite par la situation de l’Eglise dans la diaspora : il explique " la permanence des divisions à l’intérieur de l’Eglise russe ", par les prises d’opinions d’ordre politique aussi bien de la part du métropolite Antoine (Khrapovitsky) que du Métropolite Euloge (Guéorguivski). C’est un fait historiquement véridique quand Monseigneur Antoine et les membres de son synode ont en 1923 promulgués un appel au rétablissement de la monarchie en Russie avec un rétablissement sur le trône de la dynastie des Romanoff, en ne se rendant peut-être pas compte des oppressions que cela allait créer à l’encontre des hiérarques et des fidèles restés en Russie. Quand au Métropolite Euloge, il est bien connu qu’il a refusé de faire acte de reconnaissance et d’allégeance à l’état soviétique comme le lui demandait le locum tenens du trône patriarcal, le métropolite Serge (Stragorodski).
Par la suite le Patriarche nous explique pourquoi il est temps de nous unir et d’oublier nos querelles passées. Il fait référence " aux attentes de nos prédécesseurs et pères dans la foi ". Il s’agit de nos parents et grands-parents qui sont arrivés en occident chassés de leur patrie après les affres de la révolution et de la guerre civile. Ces gens, ayant perdu leur nationalité, leur racine se sont retrouvés disséminés, et essayant de nourrir leurs enfants, gardaient l’espoir de retourner en Russie, chez eux, pensant que le joug communiste ne durerai qu’un temps. Ils créèrent des œuvres caritatives, battirent des églises, fondèrent des associations de jeunesses dont les scouts russes, l’ACER et plus tard les VITIAZ. La prière de cette dernière, d’ailleurs, demandant à Dieu : " Donne nous de revenir sur la terre russe… " est toujours récitée dans les camps et lors des réunions. De nos jours, comme le souligne Michel Sollogoub dans son article paru dans " NG-RELIGION " (06/08/2003), ou le père Wladimir Yagello dans sa réflexion sur la situation de l’archevêché (12/2003), nous sommes tous assimilés à cette terre de France, qui nous a accueillie et nourrie. Etant de troisième, voire de quatrième génération d’immigrés, physiquement, peu d’entre nous sont rentrés en Russie après 1991 car nous nous sommes enracinés et avons tissé notre toile dans la vie sociale des pays nous ayant accueillis. Ne pouvant donc concrétiser matériellement les désirs de nos aïeux, et rester tout de même fidèle à leur mémoire, pourquoi ne pas revenir sur cette terre russe de manière spirituelle, par la réunification des 3 composantes de l’Eglise russe ?
Cette intégration dans la société occidentale est un fait inéluctable pour la majorité des personnes d’origine russe ou d’autres pays. Comme l’actualité y fait bien souvent référence, le processus est lent pour certains qui essayent de conserver tant bien que mal, leur langue d’origine, leur culture, et pour d’autre l’assimilation est rapide et totale.
Un des aspects prépondérant de l’Eglise russe est le missionariat. Nombre de saints en témoigne comme saint Nicolas du Japon, saint Germain de l’Alaska et bien d’autres. Au XIXème siècle les missionnaires orthodoxes russes courraient le monde entier pour apporter et faire découvrir, la bonne nouvelle. L’œuvre missionnaire et caritative s’est prolongé dans l’émigration, peut être sous des aspects et des formes différentes, mais concrètes : la création de paroisses, les adaptations de textes liturgiques dans les langues des pays de résidence, la découverte de l’orthodoxie témoignent de l’intérêt de nos pasteurs envers leurs objectifs de conservation et de propagation de la foi dans des pays de confessions diverses. Ce missionnariat, en quelque sorte forcé par l’histoire, porte ses fruits de nos jours. C’est à ce titre que le patriarche dit que " depuis les saints égaux aux apôtres Cyrille et Méthode, c’est un trait caractéristique de la sollicitude pastorale et missionnaire ".
En tenant compte de tous ces facteurs, le patriarche Alexis II propose donc, de créer en Europe occidentale une métropole regroupant en son sein toutes " les communautés d’origine et de tradition russe " avec des statuts propres, élaborés dans un esprit de fraternité entre les 3 parties en présence. Il propose dans cette optique l’élection d’un métropolite à la tête de cette entité, regroupant tous les évêques de la diaspora russe.
Je note que ce principe d’élection est intéressant car il montre l’intérêt du patriarche pour les propositions du saint concile de 1917-1918 qui, certes ne sont pas respectés aujourd’hui en Russie, mais respectées dans notre Archidiocèse, et surtout dans l’éparchie de Souroge sous l’obédience du patriarcat de Moscou.
Après un projet d’organisation aujourd’hui obsolète de part la disparition de Monseigneur Antoine (Bloom), Alexis II affirme qu’en temps voulus par Dieu, la métropole servira à " l’organisation de la future Eglise Locale multiethnique en Europe occidentale construite dans un esprit de conciliarité par tous les fidèles orthodoxes se trouvant dans ces pays ".
2 – Mon point de vue
Il est temps de créer l’Eglise locale.
Mais qu’est ce donc ?
L’Eglise locale est une entité autonome mais non autocéphale regroupant sous l’autorité d’un métropolite un ensemble d’évêques diocésains pour un territoire donné. Autrement dit une Eglise orthodoxe locale en Europe occidentale pourrait rassembler sous un seul et même toit les orthodoxes des diasporas russe, serbe, roumaine, bulgare ainsi que tous les fidèles des pays intégrés géographiquement dans cette métropole.
Comment y parvenir ?
Il est nécessaire que chacune des diasporas se rassemble pour être unie. En ce qui nous concerne, la diaspora russe doit s’unifier sous une seule et même entité juridictionnelle. C’est ce que propose le patriarche de Moscou. Il n’est pas question comme beaucoup le dise de se mettre sous la protection directe du patriarcat de Moscou, mais simplement de créer une église autonome comme en Ukraine, en Biélorussie ou dans les pays baltes qui aurait le statut d’une métropole ou d’un exarchat avec des statuts fidèles au saint concile de 1917-1918. En effet ce concile édicta le principe de création de métropoles autonomes et indépendantes, ou chaque éparchie prendrait part à des conciles locaux pour accroître, unifier et maintenir l’unité de ces circonscriptions. Dans le même principe, il serait fait la même chose entre toutes les métropoles au niveau des conciles généraux de l’Eglise.
Tout comme aujourd’hui les assemblées diocésaines nommeraient leurs évêques avec proposition au saint synode dont dépendrait cette entité. Dans notre situation il s’agirait de l’Eglise russe. Maintenant certains disent pourquoi ne pas rejoindre une métropole grecque ? Comme le dit Mgr Gabriel notre archevêché est la fille de l’Eglise russe, et par conséquent il faut bien comprendre que d’un point de vue historique, nous faisons partie intégrante de cette Eglise russe (Eglise mère) au même titre que l’Eglise russe hors frontière et que le patriarcat de Moscou.
A ce sujet, nous avons depuis presque 15 ans retrouvé la communion eucharistique avec le patriarcat de Moscou et l’œuvre de feu Monseigneur Serge est inestimable mais peut être trop oubliée de nos jours. Le rapprochement actuel entre l’Eglise russe hors frontière et ce même patriarcat laisserai entrevoir à plus ou moins long terme une réconciliation. A cet effet des actes de repentances communs ont été formulé par le patriarche de Moscou ainsi que par le métropolite Laure. Dans cette optique pourquoi ne pourrions nous pas nous rapprocher (et vis et versa) de l’Eglise russe hors frontière, nous pardonner mutuellement, oublier nos querelles dont d’ailleurs personne ne fait plus référence aujourd’hui, rétablir le dialogue et œuvrer pour l’unité des église pour laquelle nous prions dans chaque ekténie des supplications ?
En conclusion, une réponse à lettre du patriarche Alexis II à été envoyé par Mgr Gabriel (" La pensée russe " 26/02/2004), sans que personne n’en connaisse son contenue. Il me semble qu’il aurait été plus correct et opportun de répondre à sa sainteté de manière collégiale, vu que la proposition s’adressait à nous tous. Dans sa missive du 9 avril 2003, adressée à tous les membres du diocèse, Mgr Gabriel demande à ce que la proposition du patriarche soit étudiée et débattue aussitôt le nouvel archevêque élu ; rien n’a été fait dans ce sens à ce jour. Par ces faits, notre archevêché est aujourd’hui totalement discrédité aux yeux du patriarcat de Moscou. La création de cette métropole s’en trouve malheureusement reportée et seul un rapide rapprochement entre l’Eglise russe hors frontière et le patriarcat ouvrirait la porte à une circonscription autonome russe en Europe occidentale dans la perspective de l’Eglise locale. D’ici la, beaucoup d’évènements peuvent se produire.
3 – Questions d’actualité
Le 1 février dernier, à l’institut de théologie Saint Serge, à été enfin organisé pour la première fois une table ronde ayant pour sujet le passé, l’actualité et l’avenir de notre archevêché. Je dit enfin, car il était urgent que les gens puissent s’exprimer de manière officielle devant tout le monde de ce qu’ils pensaient sur ce sujet. J’ai remarqué d’ailleurs avec plaisir qu’il y avait des représentants (non officiels) des différentes juridictions : des personnes de l’église russe hors frontière, des membres du patriarcat de Moscou, ainsi que des représentants de l’OCA.
Trois exposés nous ont été proposé, vous les retrouverez sur le forum Internet (http://fr.groups.yahoo.com/group/orthodoxie/). Il semble d’ailleurs que l’un d’entre eux ait été modifié au dernier moment pour " arrondir les angles " et ne pas offusquer par son contenu les différentes opinions présentes. Un certain nombre de personnes est intervenu ensuite avec des arguments plus ou moins pertinents. Monseigneur Gabriel est d’ailleurs intervenu pour bien préciser que nous sommes en complète communion avec les membres du clergé du patriarcat de Moscou, suite à l’intervention malencontreuse d’une fidèle de la paroisse des trois saints Docteurs de la rue Petel.
Un certain nombre de remarques a également été fait en ce qui concerne les actions menées par le patriarche Bartholomée. Il s’agit sans doute des polémiques suscitées par ses actions dans les pays baltes, en Ukraine, lors sa dernière visite à Cuba ou encore par ses relations avec le Vatican. En tant qu’exarchat, nous sommes certes indépendants, mais de facto sous son autorité directe, alors qui nous donne des informations à son sujet, dans quelles paroisses lit-on ses circulaires pascales ? nous ne savons rien hormis ce que nous disent les médias.
Il serait bon de poursuivre ce chantier, de continuer à discuter, peut-être sous des formes différentes, avec des tables rondes plus restreintes (plusieurs tables de 8 à 10 personnes), et commencer à un niveau plus " officiel " des concertations communes multi juridictionnelles. Aussi, pour stopper tous les " on dit " il est nécessaire de mettre au point une communication interne au sein de l’archevêché, plus pertinente, plus fréquente, neutre et objective.
Les prises de positions successives depuis maintenant 1 an, date de l’envoi de la lettre par le patriarche de Moscou, n’ont fait qu’attiser la suspicion, voire même la haine envers tel ou tel groupe de personnes, et il me semble urgent de rétablir la vérité sur les fondements canoniques de notre archevêché, de faire une explication de texte sur la lettre du patriarche Alexis II, accessible à tous, plus approfondie, et de répondre à sa sainteté de manière collégiale.
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